Bourré, ivre, plein, soûl, aviné, beurré, éméché, pompette, mûr, rétamé… et ce n’est que le début de la liste ! Les synonymes pour qualifier cet état du j’ai-un-peu-trop-picolé sont multiples, et pour cause ! Les conséquences que l’alcool engendre sont elles aussi nombreuses et variées. Il y a ceux qui ont le vin mauvais, ceux qui vomissent après une vodka, ceux qui deviennent très affectueux, ceux qui font encore plus de théories foireuses, etc…
Pourtant, entre l’état de sobriété et celle d’ébriété, il existe plusieurs phases qu’il me semble ici utile de répéter. Ça ne remplace pas l’éthylomètre, mais ça permet au moins de situer, sur l’échelle de la gravité, notre niveau d’alcoolémie (et de pathétisme).
Phase 1 : je rigole, je rigole, je rigole
C’est la phase « heu, mais dis donc ! ce petit verre me rend euphorique ». Cette phase nous fait généralement passer pour le crétin ou l’écervelée de service, qui rigole à toutes les sorties au lieu d’avoir les capacités neurologiques pour aligner une phrase.
Phase 2 : je parle fort et je ne m’en rends plus compte
C’est la phase de confiance en soi, où le regard des autres importe peu (on verra que le concept du je-m’en-bas-de-ce-que-pense-le-reste-de-la-terre s’accentuera lors des phases suivantes). On parle et on rigole de plus en plus fort, les gestes deviennent plus amples, les mots plus… prononcés, bref, c’est le sentiment naissant du je-suis-confiant-et-je-suis-bien-dans-ma-peau(ndlr : sentiment fourbe et foireux, on s’entend).
Phase 3 : la fusion entre l’Homme et son verre
J’aime mon verre et je ne m’en sépare plus. La phase 3 est le début de la phase critique. C’est d’ailleurs, à mon humble avis, à ce stade-là qu’on peut juger si quelqu’un a dépassé les limites et entre dans la dead zone. Parce que le coup du « mon verre me guide, mon verre me fait tenir debout, mon verre est mon Dieu, quoi», ça craint, disons-le ! Je reste d’ailleurs toujours épatée par la capacité qu’ont les gens de la phase 3 à ne pas renverser leur verre, à faire les équilibristes malgré les litres d’alcool ingurgités.
Phase 4 : la descente
Après les rires, les théories foireuses qui refont le monde, et le culte voué au précieux calice, arrive le moment de la rechute, du coup de barre, de la descente. Vous savez, quand tout à coup vous êtes pris d’un petit coup de mou, et que vous vous asseyez discrètement là, sur le petit muret qui est juste à côté ? Vous êtes précisément dans la phase 4. C’est en réalité votre petit cerveau qui vous envoie le signal d’alarme du « hey au fait, si tu continues comme ça, mon coco, ça rigolera moins demain matin ». Il y donc ceux qui s’endorment comme de grosses merdes sur le fameux muret, et ceux qui passent à la phase 5.

Phase 5 : le ridicule ne tue pas (quoique.)
Moi, j’ai un petit coup de cœur pour cette phase. Vous savez, c’est le moment dans l’histoire où vous n’êtes pas assez bourré dans le mariage ou l’enterrement de vie de jeune fille pour danser sur la macarena, mais le type d’à côté si. Ce genre de soirée, très très longue, infinie même, devient plutôt attachante et/ou pathétiquement parlant assez drôle lorsque le type qui se relève de la phase 4 entre dans la phase 5 et commet l’irréparable, le syndrome du « je suis bourré et je le dis à la terre entière », à savoir : mettre sa cravate autour de la tête. Et oui. On est en 2011 et ça existe toujours! Cette phase me surprend tout le temps, parce que je me demande comment, s’il nous reste un peu d’orgueil, de fierté et de neurones, on peut cautionner la phase 5 et même trouver un certain plaisir à anéantir les derniers sursauts de respect envers soi-même qu’on pouvait avoir…

Phase 6 : hardcore style
Dans la continuation de l’exercice de style pour paraître le plus ridicule, il y a l’ultime phase, celle où le corps dit qu’on a trop déconné, celle ou le cerveau a abandonné tout dignité depuis des années lumières. La phase gore du « je pisse devant tout le monde et je dégueule aussi devant tout le monde ». Je ne vous fais pas de dessin et ne vais pas entrer dans les détails, ça nous rappellerait à tous des moments douloureux qu’on préfère oublier.
Phase 7 : rédemption
Les fameux lendemain d’hier, où on se promet que ce sera la dernière cuite de notre vie, où on se fait des tisanes et des jus de fruits pour nous donner l’illusion de nous purifier, où notre bide et notre tête ne sont qu’un espèce de vague truc douloureux, et où tout flash-back de la veille est plus douloureux encore que le visionnage de toute la série Rex.
… Et voilà comme, d’un verre malheureux de champagne bu avec un peu trop de persévérance, on en arrive à vouloir prendre une pelle, creuser dans le sol et s’y enterrer avec une télé pour se faire l’intégral de Rex, le chien policier.
Mouais.
Tout fout le camp !












Hier soir, une toyota corolla passe devant moi. Vitres baissées, « La Lambada » retentit, et rejailli de ma mémoire sélective post-traumatisée des tubes de l’été des années 80 et 90. Merci au conducteur pour cet instant d’émotion qui m’a redonné le sourire. Écouter de la musique à fond les vitres baissées, il faut assumer. Mais écouter La Lambada, en 2010, à fond et les vitres baissées, sans la moindre gêne, je dirais même plus, avec une certaine fierté, ça relève de la performance.
Chapitre I : Préambule…

